1 Juzil

La Loi De Loffre Et De La Demande Explication Essay


Un ami me fait très justement remarqué que j’ai parlé de rendements croissants et décroissants sans préciser ce que ces deux notions recouvraient. Remarque d’autant plus pertinente qu’elles constituent une des différences les plus marquantes entre orthodoxes et hétérodoxes !

 

Donc :

 

- On dit qu’une entreprise possède des rendementscroissants lorsqu’elle fait des économies d’échelle. Cela signifie que plus elle produit, plus ses coûts moyens de production sont faibles.

Par exemple, supposons une entreprise produisant des voitures, cette entreprise a des rendements croissants si, plus elle produit de voitures, plus son coût moyen de production par voiture est faible. Le coût moyen est plus faible parce que, en produisant plus, l’entreprise amortit ses coûts de recherche, de gestion, de mise en place de ses chaînes de montage, etc., sur d’avantage de voitures. De même, elle peut diminuer sa marge sur chaque produit vendu sans faire baisser son profit, étant donné qu’elle vend d’avantage de produits. Ce résultat est pour nous tous assez intuitif. Lorsqu’un nouveau produit arrive sur le marché (par exemple une nouvelle télé avec écran plasma dernier cri), il coûtera cher au début. Puis son prix diminuera à partir du moment où les entreprises le produiront en masse, et ce pour les raisons que nous venons d’évoquer.

 

- On dit que les rendements sont constants lorsque, quelque soit la quantité de biens produits par une entreprise, son coût de revient reste toujours le même.

 

- Et on dit que les rendements sont décroissants lorsqu’une entreprise fait des « déséconomies » d’échelle. Cela signifie que plus elle produit, plus ses coûts moyens de production sont élevés. Pour reprendre l’exemple de l’entreprise de voitures, cela signifierait que chaque voiture qui sort de la chaîne de montage a coûté plus cher à produire que la précédente. Cette hypothèse paraît, contrairement à la précédente, totalement contre-intuitive, du moins pour les secteurs de l’industrie et des services. Elle peut en revanche être envisagée pour le secteur primaire. Si on prend le cas d’une mine par exemple, plus on voudra extraire de minerai plus il sera nécessaire d’aller le chercher en profondeur, et donc plus l’extraction de minerai supplémentaire devrait coûter cher. De même pour l’agriculture, plus on produit plus il sera nécessaire d’empiéter sur les « mauvaises » terres.

 

Mais ces secteurs où pourraient dominer des rendements décroissants constituent plus aujourd’hui l’exception que la règle. Ainsi l’agriculture, par exemple, ne représente actuellement plus que 4% du PIB mondial (d’après le CIA World Fact Book).

 

Cette hypothèse des rendements décroissants est pourtant au cœur de la théorie néoclassique. Tandis que les théories hétérodoxes supposent en général que les rendements sont croissants ou constants, mais quasiment jamais décroissants. Je vous cite un passage du site de Michel Volle (un économiste, son site : http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie/rendements.htm) dans lequel il explique très clairement l’importance de l’hypothèse des rendements décroissants dans la théorie néoclassique :

 

« Les formulations les plus simples et les plus puissantes de la théo­rie économique postulent que les fonctions de production sont à rendements décroissants ; lorsqu’elles admettent que la fonction de coût comporte une zone initiale à rendement croissant, elles supposent la demande suffisamment forte pour que l’équilibre économique conduise à produire dans la zone des rendements décroissants.

Cette hypothèse, dite « néoclassique », procure des résultats mathématiques puissants fondés sur la convexité de la zone de production ; elle fonde l'équilibre de concurrence par­faite, permet de construire des courbes d'offre (prix égal au coût margi­nal), de raisonner en équilibre partiel, etc. Elle est à la base de l’enseignement de la théorie économique. John Hicks a cru que son aban­don "ruinerait la plus grande part de la théorie économique".

Outre leurs vertus théoriques, les rendements décroissants existent bien sûr dans les faits : par exemple en agriculture les parcelles sont ensemencées dans l'ordre des fertilités décroissantes. Sont‑ils pour autant universels ? Il est prudent de répondre à cette question par la négative, car il peut exister des secteurs où la zone des rendements croissants s’étend jusqu’à des niveaux de production permettant de satisfaire toute la demande ; depuis les débuts de la science économique certains économistes ont donc exploré l'hypothèse des rendements croissants. Cette réflexion, longtemps minoritaire, n'a jamais cessé.  »

 

De cette hypothèse sur les rendements découle deux manières de fixer les prix très différentes.

 

Pour les hétérodoxes, les chefs d’entreprise fixent leur prix en calculant leur coût moyen de production (coût total divisé par le nombre d’unités produites) et en y intégrant leur marge. Ce que confirment les enquêtes sur le sujet, puisque l’écrasante majorité des patrons affirment agir ainsi.

 

En revanche, les économistes orthodoxes supposent que sur les marchés les prix sont fonctions du coût marginal. Les résultats prix = coût marginal (c’est-à-dire coût de la dernière unité produite) est ainsi un résultat fondamental que tous les étudiants en économie du monde entier connaissant et utilisent à longueur d’année en microéconomie.

 

Pourquoi dit-on que prix = coût marginal lorsque les rendements sont décroissants ?

Exemple, supposez que vous puissiez produire 3 unités, avec des rendements décroissants et que :

- la première vous coûte 20 euros à produire

- la seconde (qui doit être forcément plus chère vu que les rendements sont décroissants) 25 euros

- et la troisième (toujours plus chère) 30 euros.

 

Pour que vous acceptiez de produire votre première unité, il faudra que le prix sur le marché soit supérieur à 20 euros, sinon vous la vendriez à perte. Pour la seconde, il faudra pour les mêmes raisons que le prix soit supérieur à 25 euros et pour la troisième que le prix soit supérieur à 30 euros. Donc à chaque fois le coût de production de la dernière unité produite correspondra au prix sur le marché, le prix sera égal au coût marginal de production.

 

On peut se demander pourquoi les économistes néoclassiques font autant de cas de la loi des rendements décroissants, alors qu’elle n’est guère courante dans le monde économique moderne. Il y a principalement deux explications à cela.

 

La première est que cette théorie s’est construite à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle l’agriculture et l’extraction de matières premières occupait encore une part importante du PIB.

 

Et la seconde, plus fondamentale, est que cette loi des rendements décroissants a été à un moment nécessaire à l’élaboration de la microéconomie néoclassique. Selon cette théorie, la valeur d’un bien est un indice de sa rareté et les prix et quantités produites sont déterminés au même moment sur les marchés (pour ceux qui veulent aller plus loin, je conseille la lecture du livre Histoire de la pensée économique de Ghislain Deleplace, p228 à 245).

 

Pour bien le comprendre, plaçons-nous dans le graphique ci-dessous ayant pour abscisse les quantités produites et demandées et pour ordonnées les prix auxquels offreurs et demandeurs sont prêts à vendre ou acheter ces quantités. On suppose que plus le prix est élevé, plus la demande est faible et que plus le prix est faible, plus la demande est forte (courbe rouge sur le graphique).

 

A partir de là, pour que soit respectée la théorie, il est nécessaire que la courbe d’offre soit croissante, ce qui implique que les rendements soient décroissants.

 

En effet :

 

- Si la courbe d’offre est constante (cas des rendements constants, courbe offre (2) sur le graphique), le prix d’équilibre est déterminé avant la quantité, et indépendamment d’elle, alors qu’on voudrait qu’il soit déterminé en même temps et en fonction d’elle. De plus, le prix n’est plus un indicateur de rareté.

 

- Si la courbe d’offre est décroissante (cas des rendements croissants, courbe offre (3) sur le graphique), ce qui signifie que plus on produit plus le coût moyen des biens produits diminue, alors le prix ne correspond plus à la rareté relative de l’offre vis-à-vis de la demande. Au contraire si la demande augmente, pour une même courbe d’offre, le prix moyen du bien diminue (vous obtenez cela en poussant vers la droite la courbe de demande).

 

- En revanche si la courbe d’offre est croissante (courbe verte sur le graphique), ce qui signifie que les rendements sont décroissants, alors la cohérence du modèle est respectée. Si la demande augmente pour une même courbe d’offre, le bien devient relativement plus rare et son prix augmente. Et inversement.

 

Il faut donc bien comprendre que l’hypothèse des rendements décroissants, avant de découler de l’observation de la réalité, constitue surtout une nécessité théorique, de cohérence du modèle avec lui-même (et puis c’est plus joli ! on a une courbe qui monte et une qui descend !). Et on retrouve bien là un des grands défauts de la théorie économique jusque dans ces travaux les plus modernes : privilégier, comme le dit Mankiw (économiste très célèbre), la cohérence interne des modèles (c’est-à-dire leur conformité avec la théorie) et leur beauté plutôt que leur cohérence externe (c’est-à-dire leur réalisme). Et c’est notamment pour cette raison que l’on se retrouve avec des théories comme la théorie des cycles réels ou le modèle OG-DG, dont j’ai parlé dans les billets précédents, et dont l’irréalisme saute aux yeux.

 

Je développerai (demain j’espère) la manière dont il faut interpréter la loi de l’offre et de la demande telle que les économistes néoclassiques la conçoivent, compte tenu de cette hypothèses des rendements décroissants.

 

En attendant, voici une petite citation de Maurice Allais qui résume en partie tout cela ! (un des deux seuls français à avoir eu le « Prix Nobel d’économie ») :

 

"aujourd'hui on a trop souvent l'impression que l'économie est simplement considérée comme un prétexte pour faire des mathématiques, et que la beauté des démonstrations est préférée à la ressemblance avec la réalité. Des théories souvent magnifiques d'un point de vue esthétique sont construites à partir d'hypothèses douteuses."

 

 


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Loi de l'offre et de la demande

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La loi de l'offre et de la demande est une théorie économique courante qui explique que l'offre de biens, et la demande de ces mêmes biens s'équilibrent à un niveau de prix donné. L'équilibre se fixe donc sur le seul prix. Ce prix va influencer la demande et l'offre, et la quantité de biens produites et vendus va alors se réguler pour être en situation d'équilibre.

La loi de l'offre et la demande pose comme principe qu'un prix peut équilibrer le marché. Si le prix d'un bien est trop élevé, le nombre d'offreurs (ou fournisseurs) de ce bien sera très élevé. Ils se concurrenceront naturellement et amèneront à la surproduction, et petit à petit, le prix du bien baissera. Si au contraire, le prix d'un bien est trop faible, les acheteurs (la demande) seront très nombreux, et la pénurie sur le bien se fera vite sentir. De fait, le prix du bien augmentera.

Il existe donc un point pour chaque bien qui permet de créer un équilibre entre le prix du bien, et les quantités produites. Ce point se trouve à l'intersection de la courbe de l'offre, et de la courbe de la demande. La courbe de l'offre est une courbe croissante en fonction du prix. Plus le prix grimpe, plus la production sera forte. La courbe de la demande est au contraire une courbe décroissante en fonction du prix. Plus le prix est élevé, plus la quantité demandée sera faible. L'intersection de ces deux courbes désigne le point d'équilibre.

Ce principe peut ainsi être très utile à une entreprise. Elle peut ainsi choisir de privilégier une clientèle limitée mais pour une rentabilité très élevée, en proposant un bien à un prix très élevé. Ou au contraire, développer sa clientèle en baissant fortement son prix et en attirant de nouveaux acheteurs. La rentabilité sera alors plus faible pour l'entreprise.

Cette loi repose toutefois sur un élément simple mais complexe à la fois : la libre variabilité du prix. Le prix doit pouvoir s'adapter parfaitement et très rapidement aux évolutions de l'offre et de la demande. Or, le prix d'un bien est lié à de multiples facteurs que la seule quantité de biens ne peut expliquer. Prenons le cas du marché de la location. Tout encadrement trop strict des loyers conduira naturellement à une pénurie de biens sur le marché. Les propriétaires ne voyant plus la rentabilité dans la location de biens immobiliers. Il en est de même sur le marché du travail ou certains économistes précisent que la simple existence du smic est une forte contrainte à la loi de l'offre et de la demande. L'offre de travail diminuant, et le coût du travail ne diminuant pas, les entreprises auront naturellement tendance à licencier ou à limiter leurs embauches. De plus, il n'est pas rare que certains prix soient fixés de façon arbitraire afin de répondre à un objectif politique. Prenons le cas d'une entreprise qui s'implante sur un nouveau marché, ou d'une entreprise qui souhaite concurrencer très sévèrement une autre entreprise. Elle pourra alors décider de fixer un prix extrêmement bas et ainsi bouleverser le marché dans son ensemble, mais sans que cela n'influence la quantité globale produite (demande naturellement limitée par exemple).

La loi de l'offre et de la demande est donc un principe économique essentiel à connaître mais son application dans la vie quotidienne reste compliquée.


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